Pilote Line
Réalisation
Entièrement pensée et fabriquée par les Ateliers Laissez-Passer à Marseille, la Pilote Line prolonge l’histoire des matériaux et des métiers du port industriel de la ville en proposant une ligne de mobilier réalisée au sein même du GPMM à partir d’échelles de pilote obsolètes et de sangles issues des canots de sauvetage Corsica Linea.
L’étagère est constituée de deux échelles de pilote simplement liées entre elles et utilisées telles quelles, comme témoin de leurs fonction première.
Ces échelles sont déroulées le long des navires à leur arrivée dans la baie. Elles permettent aux pilotes du port de transborder depuis la pilotine (une petite embarcation rapide et puissante propre à ce métier) et de monter dans le navire entrant pour en rejoindre la timonerie. Le pilote accompagne ensuite le capitaine jusqu’au poste d’accostage attribué par le port, avant l’intervention des lamaneurs, chargés de l’amarrage à quai.
Certaines échelles dépassent quinze mètres de longueur : elles obéissent à des normes de sécurité strictes, indispensables à ces opérations de transbordement, qui peuvent s’avérer dangereuses par mauvais temps. Étant peu à peu dégradées par l’environnement marin, elles doivent régulièrement être remplacées pour répondre à ces exigences ; mais une fois rénovées, elles offrent des matériaux de qualité, dont la robustesse permet la création de meubles adaptés à un usage intérieur comme extérieur. Les autres meubles réemploient les échelons en bois d’ipé dans leur longueur d’origine, afin de valoriser les caractéristiques existantes du matériau. Dans cette même économie de moyens, les perçages initialement destinés au passage des cordes deviennent des points d’assemblage : des tiges filetées en inox traversent les structures pour en constituer les axes, et le serrage des écrous permet ensuite de fixer les positions des différents éléments.
Les dossiers des chaises et des banquettes sont tissés à partir de sangles de cerclage provenant des survies, les embarcations de sauvetage des ferries Corsica Linea, et sont rembourrés avec du filet de pêche usagé.
Le réemploi et la réappropriation de ces matériaux prolonge l’histoire industrielle et humaine du port de Marseille, et s’inscrit dans une démarche de continuité avec le travail portuaire local (le grand-père de l’un des membres des Ateliers Laissez Passer était pilote au port). À travers cette collection, les objets issus de cet univers professionnel trouvent une deuxième vie dans de nouveaux usages, tout en conservant la mémoire des métiers, des gestes et des circulations auxquels ils étaient liés.
Atelier
Tout est parti du constat qu’une nouvelle filière de récupération de matériaux pouvait être envisagée à partir des échelles de pilote maritime. Renouvelées tous les trois ou quatre ans, elles sont ensuite mises au rebut alors que leurs qualités intrinsèques offrent un potentiel de réemploi intéressant.
Une première phase d’étude a permis de concevoir et de fabriquer une étagère, en doublant l’échelle et en y soudant des platines en acier pour assurer sa fixation murale. Ce premier prototype a ensuite ouvert la voie à une réflexion plus large sur les possibilités offertes par ses composants, notamment les échelons, dont les perforations régulières et le bois tropical constituent de véritables atouts.
La contrainte du format est progressivement devenue un terrain d’expérimentation. En divisant les échelons dans la longueur, on obtient des pièces percées à chaque extrémité, prêtes à être assemblées autour d’un axe. Les tiges filetées se sont imposées comme une solution simple et efficace pour maintenir les éléments et serrer les compositions dans la position souhaitée. Cette logique constructive permet d’explorer différentes configurations et de tester une variété de formes de mobilier.
Le travail de finition vient compléter cette approche. Les arêtes sont adoucies et les extrémités coupées en arrondi afin d’améliorer l’ergonomie et le confort d’usage. Trois couches d’huile nourrissent ensuite le bois, révèlent la profondeur de sa teinte naturelle et assurent sa protection.
Enfin, le travail de coussins, tissage de sangles aux couleurs vives, crée un contraste entre le plastique de sécurité et la tonalité chaleureuse du bois. Un dialogue s’installe entre la rudesse des matériaux et le raffinement confortable des finitions.
De cette démarche de réemploi, associant contraintes techniques, expérimentation formelle et recherche esthétique, se dessine progressivement une collection de mobilier composée de plusieurs pièces.








































